1/ Pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de votre expérience sur YouTube ?
Jean-Baptiste Viet, chef de projet MarTech / AdTech au portail Orange.fr (23 M VU / mois), Youtubeur Tech sur Jeanviet (100 K abonnés, 15 M de vues) et auteur chez Eyrolles de livres autour de la création de contenus (Cocréateur, Youtubeur, Tous Influenceurs, Marketing Vidéo).
Cela fait presque 10 ans que j’anime chaque semaine Jeanviet, une chaîne YouTube de vulgarisation informatique. J’y ai longtemps partagé des conseils sous forme de Tutos (format populaire sur YouTube) pour apprendre aux YouTubeurs à créer des vidéos de qualité, monétiser leur audience et légaliser leurs revenus.
Depuis fin 2022, et l’arrivée de ChatGPT, j’ai dédié ma chaîne YouTube à la création de contenus assistée par IA. Ceci a donné lieu en 2025 à la publication d’un nouveau livre chez Eyrolles : Co Créateur.
L’écriture de mes différents ouvrages m’a permis d’échanger en profondeur avec des créateurs (Jojol, Nota Bene, Pierre Croce, Scilabus, Stan Leloup, Garages Bagnoles et Rock N Roll, …) et des marques (Orange, Aufeminin, Le Louvre, Rhinoshield, La Petite Épicerie, …) qui ont intégré YouTube dans leur stratégie de contenu.
2/ Selon vous, qu’est-ce qui différencie une stratégie YouTube efficace dans le e-commerce d’une simple présence vidéo ?
Il ne faut pas juste se servir de YouTube pour héberger ses vidéos ou ses publicités, mais incarner et animer sa chaîne YouTube tel un Youtubeur en ayant une vraie stratégie éditoriale, un programme et une thématique bien définis.
Vous pouvez facilement constater si un site e-commerce a réussi ce challenge sur YouTube en identifiant si c’est toujours le ou les mêmes personnes qui prennent la parole, si les vidéos génèrent de l’engagement (likes, commentaires), si un RDV régulier existe sur la chaîne (ex: une vidéo tous les mardis).
Le premier entrepreneur e-commerce à avoir compris cela s’appelle Gary Vaynerchuck. Il a repris la boutique de vins de son père, Wine Library, et a lancé en 2006 une émission quotidienne sur YouTube intitulée Wine Library TV.
Ce format régulier et personnel, qui a duré 5 ans, a transformé la boutique familiale en un acteur majeur du e-commerce, passant de 3 millions à 60 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel.
3/ Quels formats ou types de vidéos génèrent le plus d’impact business pour les marques e-commerce ?
Incontestablement, le format de vidéo qui permet à des chaînes YouTube e-commerce de générer sur le long terme des vues (et donc des abonnés) sont les tutoriels. Toutes les vidéos qui répondent à la question “Comment faire ?”.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les chaînes YouTube de bricolage, jardinage ou d’accessoires auto figurent dans le top 15 des chaînes avec le plus d’abonnés.
Ce ne sont pas tous leurs “Tutos” qui génèrent des vues, mais ceux qui répondent à des points de douleurs populaires : Comment couler du béton, peindre un mur, mettre du parquet, redémarrer une voiture avec des pinces,…
Le tuto qui fait mouche rencontre en général une bonne durée de visionnage et un bon taux d’engagement, ce qui lui permet d’être bien référencé sur YouTube et Google. C’est donc l’investissement le plus rentable en production vidéo pour un site e-commerce, car il est durable.
La transformation en ventes sera au RDV si on peut facilement acheter les accessoires présentés dans la vidéo. Il faut donc bien penser à citer les accessoires dans la vidéo et à ajouter le lien d’achat en 1er commentaire épinglé (plus visible que dans le descriptif de la vidéo).
4/ Quelles erreurs ou idées reçues voyez-vous souvent chez les marques qui débutent sur YouTube ?
Voici les erreurs les plus fréquentes que je vois sur des chaînes YouTube de marques :
1- Contenu trop promotionnel / publicitaire
Certaines chaînes ne publient sur leurs chaînes YouTube que leurs pré-rolls vidéos de 7-30 secondes prévus pour la publicité YouTube. Ces contenus n’intéressent pas les abonnés, il faut donc les publier sans les indexer.
2- Contenu vidéo pour alimenter un site
Même remarque que précédemment, on publie sur YouTube un programme. Il faut imaginer sa chaîne YouTube comme une chaîne de télévision. Si vous voulez vous en servir pour héberger des vidéos prévues pour décrire une fiche produit de votre site, mettez-la en non indexée sur YouTube.
3- Pas d’incarnation ni d’interaction avec l’audience
Pour qu’un programme fonctionne sur YouTube, il faut l’incarner en tant que personne et également interagir avec sa communauté en l’incitant à commenter, partager, liker.
4- Vidéo non optimisée pour l’algorithme de recommandations
YouTube privilégie les vidéos où on reste longtemps (faites des vidéos de plus de 10 minutes), qui donnent envie de cliquer (travaillez vos miniatures) et qui correspondent à une demande (optimisez vos titres sur les recherches des internautes). Ces 3 basiques bien compris des Youtubeurs ne sont pas souvent respectés par les marques.
Les autres erreurs que je vois souvent sur des chaînes YouTube débutantes :
- Ajouter de la musique avec copyrights. Votre vidéo pourra être démonétisée ou bloquée.
- Un mauvais son (pas de micro), une musique de fond trop forte, partage de podcasts audio avec image fixe. Votre vidéo ne sera pas regardée.
- Mode “Conçu pour les enfants” activé par défaut. On ne pourra pas commenter vos vidéos et celles-ci seront moins promues.
- Pas de stratégie éditoriale de chaîne YouTube, lisez le Playbook for Brands de YouTube pour comprendre comment construire les vidéos Hub (RDV), Hygiene (Tutos), Hero (vidéo exceptionnelle prévue pour un lancement) qu’attendent votre audience ou mon livre Youtubeur.
5/ Comment YouTube peut-il s’articuler avec d’autres leviers e-commerce comme le SEO, la pub payante ou les marketplaces ?
Concernant le SEO, nous l’avons vu avant, les vidéos qui répondent aux questions “Comment faire ?” sont aussi bien référencées sur YouTube (2ème moteur de recherche) que sur Google. Il faut donc absolument prévoir ce genre de formats qui pourront être complémentaires aux FAQs que vous avez déjà sur votre site.
De plus, avec l’utilisation croissante de ChatGPT adossé à la recherche Web, l’arrivée prochaine de Google AI Mode, avoir une vidéo YouTube répondant à une demande vous permettra aussi d’optimiser votre GEO (generative engine optimization).
Pour la publicité payante, il faut prévoir des formats courts d’annonces vidéo pour la publicité InStream (format le plus efficace) et cibler via Google Ads les vidéos, chaînes ou audiences qui convertissent le mieux au fil du temps de votre campagne.
Si vous souhaitez créer un engagement plus fort sur vos produits ou services, je vous recommande de contacter des micro-influenceurs YouTube (de + 10 000 abonnés) spécialisés dans votre thématique pour leur proposer une vidéo sponsorisée. Il vous en coûtera moins cher que d’attaquer tout de suite des YouTubeurs mainstream à plus d’1 million d’abonnés et la conversion sera meilleure.
6/ Quelles sont les grandes tendances que vous observez dans l’utilisation de YouTube par les e-commerçants ?
Les acteurs du e-commerce et les marques tech ont parfaitement saisi l’influence considérable des créateurs YouTube spécialisés comme véritables prescripteurs de leurs offres.
Pour capitaliser sur ces communautés engagées tout en établissant des relations durables, ils ont développé des stratégies sophistiquées: programmes d’ambassadeurs structurés, partenariats récurrents de sponsoring et déploiement d’opérations de Live Shopping innovantes.
Une évolution majeure se dessine depuis quelques années: la délégation de l’animation éditoriale de chaînes YouTube propriétaires à des créateurs de contenu reconnus.
L’exemple emblématique est celui de Lidl Cuisine qui, depuis cinq ans, confie avec succès son contenu hebdomadaire à Hervé Cuisine (1,6M d’abonnés) et ChocMiel (550K abonnés). Cette approche permet à Lidl de valoriser naturellement ses ustensiles culinaires à travers des formats vidéo particulièrement engageants.
La clé du succès sur YouTube pour un e-commerçant réside ainsi dans l’authenticité de sa communication, le partage de recommandations pertinentes, la démonstration pratique de ses produits et services, le tout contextualisé selon les tendances actuelles et les préoccupations de sa communauté.
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