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La sobriété numérique : un atout géopolitique ?
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Bonjour, aujourd’hui on va parler de sobriété et de géopolitique, parce que réfléchir à la sobriété numérique implique de questionner nos vulnérabilités dans le cyber-espace. Alors, quand on parle de cyber-espace, on parle à la fois d’un espace qui est très concret, fait d’infrastructures physiques, de traitement de données et de connectivité, et d’un espace immatériel où circulent informations, données et pouvoirs. Cet espace, qui est à la fois virtuel et matériel, donne parfois l’impression de dépasser les frontières. Mais en réalité, c’est un nouveau territoire de souveraineté, un territoire à contrôler, à sécuriser, réguler, voire militariser. Et dans ce territoire, les pouvoirs des Etats se mêlent à celui des grandes entreprises du numérique. Alors, ces dernières années, les tensions cyber-géopolitiques se sont nettement accrues, et le cyber-espace est en train de se militariser à une grande vitesse. Et ce, notamment sous l’effet de la rivalité croissante entre la Chine et les Etats-Unis, qui sont aujourd’hui les deux principales cyber-puissances au monde. Cette dynamique pousse les grands Etats à intensifier massivement leurs investissements numériques dans les domaines civils comme militaires, et ce, sur l’ensemble des chaînes de production. Alors, clairement, les grandes entreprises de la tech voient leur pouvoir se renforcer. Et dans ce jeu, ce sont surtout les firmes américaines et chinoises qui dominent, qu’il s’agisse des équipementiers télécoms ou des grandes plateformes numériques de l’IA, tandis que les acteurs européens restent un petit peu à la traîne. Alors, pourquoi parler de sobriété pour aborder ces enjeux de cyber-géopolitique ? Eh bien, parce que les tensions géopolitiques dans le cyber-espace poussent les Etats à défendre leur souveraineté numérique et donc forcément à réduire leur dépendance technologique, ce qui inclut leur dépendance aux matières premières et aux ressources stratégiques. Cette notion de sobriété vient en effet questionner la durabilité des technologies numériques et des usages sous l’angle de la maîtrise des chaînes d’approvisionnement et de l’accès aux ressources critiques. En gros, plus on consomme, plus on a besoin de ressources, et donc consommer moins, c’est aussi réduire sa surface de vulnérabilité aux chocs géopolitiques. Clairement, pour le moment, la sobriété numérique ne semble pas franchement être la priorité des Etats. Au contraire, la tendance est clairement à la course à l’intensification technologique, souvent présentée comme inéluctable. Derrière cette compétition technologique se jouent aussi des rapports de force politiques et stratégiques. Car le numérique est un puissant levier de contrôle des populations et de transformation tant des entreprises que des administrations. C’est donc un secteur hautement stratégique pour les Etats, au-delà du seul domaine militaire. Le choix d’intensifier le numérique n’est donc pas politiquement neutre. Il s’inscrit dans un projet de société qui porte une conception normative du progrès technologique, qui est pensé comme intrinsèquement positif et allant de soi, mais dont les enjeux démocratiques restent en réalité largement passés sous silence. Dans ce contexte, la Chine est un cas particulièrement éclairant. Le gouvernement chinois fait en effet depuis quelques années la promotion de son projet de civilisation écologique et numérique, qui est présenté comme une alternative sino-centrée au développement durable. Ce projet relie numérisatio…

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