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Interview du mois – Laetitia Dorla, Directrice Business Acceptance France chez European Payments Initiative “La souveraineté est inscrite dans notre ADN”

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1/ Pouvez-vous nous raconter comment est née l’Initiative Européenne pour les Paiements (EPI), et quelle ambition vous portez aujourd’hui pour le paysage européen des paiements ?

Il faut d’abord distinguer EPI et Wero. EPI, l’Initiative Européenne pour les Paiements, désigne la structure juridique, qui abrite un scheme (une infrastructure de paiement) au même titre que Visa, CB ou Mastercard. Wero, en revanche, représente la marque commerciale destinée au grand public.

La création de Wero émerge de plusieurs constats établis à la fin du Covid. Les banques européennes ont observé qu’il n’existait aucun champion européen du paiement sur le continent. Les consommateurs dépendaient entièrement des acteurs américains : Visa, Apple Pay, American Express, etc.

Un premier scheme avait été lancé avec l’objectif de créer un réseau carte. Mais nous nous sommes rapidement rendu compte que ce n’était pas la voie la plus innovante. Aujourd’hui, l’innovation dans le paiement passe par le mobile et la dématérialisation. Nous avons donc réorienté notre stratégie vers un scheme basé sur trois piliers : le compte à compte, le paiement instantané et le mobile.

L’Europe reste un continent fragmenté qui comptabilise plus de 45 solutions de paiement mobile différentes. Nous nous sommes dit que si nous réunissions l’ensemble de ces acteurs, nous serions beaucoup plus puissants face aux géants américains. D’autant plus que la valeur créée par ces acteurs américains est captée puis transférée de l’autre côté de l’Atlantique. Ce « service » payé par les marchands se traduit inévitablement dans les prix pour les consommateurs.

Aujourd’hui, Wero est une initiative privée, sans financement public, portée par 16 actionnaires répartis en France, Allemagne et au Benelux. Elle rassemble 14 banques, parmi lesquelles le Crédit Agricole, la Banque Postale ou BNP, ainsi que deux partenaires technologiques : Worldline et Nexi. Wero est d’ailleurs la contraction de « we » et « euro », un nom choisi pour incarner cette dimension collective européenne.

2/ La question de la souveraineté européenne est au cœur du projet EPI. Comment votre initiative garantit-elle la sécurité des données et l’indépendance vis-à-vis des acteurs extra-européens ?

La souveraineté est inscrite dans notre ADN. Notre actionnariat est 100% européen et le restera, ce qui nous soumet naturellement aux lois européennes, notamment le RGPD, pour toutes les questions de protection des données.

Au-delà de cette dimension réglementaire, EPI travaille en étroite collaboration avec les acteurs institutionnels du paiement et s’inscrit pleinement dans la stratégie de la Banque de France. Cette dimension souveraine se traduit aussi concrètement par l’engagement de la DGFIP, qui a choisi d’être parmi les premiers à déployer Wero pour l’ensemble des paiements publics de proximité (cantines scolaires, bibliothèques, etc).

3/ Votre solution Wero est en cours de lancement en France, Belgique et Allemagne. Quels premiers retours recevez-vous de ce déploiement initial ? Quels leviers stratégiques permettront selon vous d’accélérer l’adoption de Wero par les consommateurs et les commerçants ?

Il est intéressant de rappeler ici la trajectoire de Wero qui se déploie en plusieurs étapes.

La première étape concerne le P2P, l’échange d’argent entre particuliers. Revolut et N26 font d’ailleurs partie des acteurs qui proposent Wero à leurs clients. Aujourd’hui, 47 millions de consommateurs sont atteignables via l’ensemble de nos partenaires, et avec l’arrivée prochaine du Luxembourg et des Pays-Bas d’ici 12 mois, nous passerons à plus de 60 millions de consommateurs.

La deuxième étape, celle de l’e-commerce, permet de retrouver le bouton Wero sur la page de paiement des marchands en ligne. L’Allemagne a ouvert la voie dès novembre 2025. Nous sommes d’ailleurs très fiers que Veepee, marchand français présent outre-Rhin, propose déjà cette solution à ses clients allemands. Le déploiement se poursuivra ensuite en Belgique en mars 2026, avant d’arriver en France cet été. Dès le lancement français, plusieurs grandes enseignes seront de la partie : Leclerc, Décathlon, Air France, Orange. Cet engagement des marchands crée une dynamique extrêmement positive et représente un encouragement quotidien pour nos équipes.

La troisième étape concernera le paiement en magasin physique, prévu pour 2027. Nous enrichirons ensuite progressivement notre offre avec des services à valeur ajoutée.

Aujourd’hui, notre principal levier pour l’adoption massive reste l’investissement en communication. Après seulement 1 an et 3 mois d’existence, la marque bénéficie déjà d’une notoriété spontanée auprès des consommateurs français, ce qui est très encourageant. Nous sommes très fiers de pouvoir accompagner les Français dans leur quotidien. Nous recevons de belles anecdotes, comme ces couples qui ont créé leur cagnotte de mariage directement sur Wero. Ces témoignages nous rappellent que nous sommes là pour les moments d’émotion, que nous accompagnons la vie quotidienne amicale et familiale des Français.

4/ L’EPI ambitionne de couvrir tous les types de paiements (P2P, e-commerce, point de vente). Comment gérez-vous, au niveau de l’Initiative, la complexité technologique et réglementaire d’un tel projet paneuropéen ?

Nous sommes très satisfaits du fonctionnement de Wero, même si cela demande évidemment une coordination importante en interne. Le dialogue avec les banques et les marchands demeure permanent et essentiel, car nous ne pouvons construire une solution performante sans une réelle adoption de leur part. C’est pourquoi nous avons mis en place un merchant forum, un groupe d’experts qui nous permet de travailler en co-construction permanente.

Quand nous regardons ce qui se passe ailleurs dans le monde, avec Pix au Brésil, Bizum en Espagne ou UPI en Inde, nous voyons bien que le mouvement vers d’autres formes de paiement que la carte est déjà largement enclenché. En France, nous accusons un certain retard sur ce sujet. Si nous laissons le champ libre, un acteur extérieur pourrait s’imposer, et à ce moment-là ni les consommateurs ni les marchands ne seraient gagnants.

La complexité technique et réglementaire existe, nous ne le nions pas. Mais l’essentiel pour nous reste de créer un parcours simple et attractif pour l’utilisateur final. Ce n’est pas au client de gérer cette complexité, c’est à nous de mettre la technique au service de son expérience.

Sur le plan réglementaire, le cadre européen est plutôt uniforme, mais les habitudes de paiement varient d’un pays à l’autre. Dans l’e-commerce, les pratiques sont assez homogènes. En revanche, pour le paiement en magasin, les préférences divergent : certains pays privilégient le NFC, d’autres le QR code. Il existe aussi des particularités locales, comme en France où l’utilisation du téléphone est interdite dans les stations-service pour des raisons de sécurité, contrairement à la Belgique ou l’Allemagne.

5/ Le paiement instantané est au cœur de la stratégie de l’EPI. Au-delà du simple paiement, quels usages à valeur ajoutée (fidélité, abonnements, cashback…) imaginez-vous intégrer à terme dans le wallet Wero ?

Une application de paiement seule ne suffit plus aujourd’hui. Les consommateurs attendent des services complémentaires, et plus l’offre est riche, plus l’adoption est massive. Nous souhaitons intégrer plusieurs types de services. D’abord les programmes de fidélité des marchands, ensuite le BNPL qui répond à une vraie attente en matière de pouvoir d’achat, et enfin l’identité numérique. Dès l’année prochaine, nous pourrons par exemple certifier dans Wero qu’un utilisateur est majeur, ce qui facilitera l’achat de produits réglementés comme l’alcool. Avec le déploiement progressif de l’identité numérique en Europe, Wero permettra d’aller plus loin : louer une voiture, prendre l’avion, en ayant ses documents d’identité directement intégrés dans le wallet.

Les banques conservent par ailleurs leur liberté pour construire une offre différenciante. Elles peuvent ajouter leurs propres services à Wero, comme le cashback par exemple. Cela leur permet de garder leur espace de concurrence tout en bénéficiant d’une infrastructure commune.

6/ Comment imaginez-vous l’expérience de paiement européenne en 2030, et quel rôle l’EPI y jouera-t-il ?

Tout ce dont nous avons parlé nous projette naturellement vers 2030. Des études montrent que plus de 50% de la population mondiale utilisera un wallet d’ici là. Nous avons assisté à la digitalisation des films, de la musique, des livres, de l’information. Les paiements ne font pas exception à cette transformation.

En 2030, les paiements passeront par le wallet ou le mobile, ils seront instantanés. La biométrie aura vraiment pris sa place dans le paysage du paiement et constituera un garant essentiel de la sécurité des transactions. Nous assisterons à une grande convergence du digital, même si je reste convaincue que les espèces garderont leur place dans l’écosystème.

EPI a toute sa place dans ce paysage car nous incarnons précisément ces évolutions et ces innovations, avec une approche européenne. Notre ambition actuelle couvre la France, l’Allemagne et le Benelux, mais nous ne comptons pas nous arrêter là. L’Autriche a déjà manifesté un intérêt très fort pour rejoindre l’initiative, et la suite logique sera de poursuivre cette expansion géographique en Europe. Le contexte géopolitique actuel nous pousse d’ailleurs à accélérer le mouvement. Wero constitue aussi une réponse au contexte bouleversé que nous connaissons, ce qui nous pousse à accélérer notre déploiement.

Source: https://www.fevad.com/interview-du-mois-laetitia-dorla-directrice-business-acceptance-france-chez-european-payments-initiative-la-souverainete-est-inscrite-dans-notre-adn/

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