Des robots « sociaux » ? : Enquête philosophique sur l’altérité des artefacts by Julien De Sanctis

Résumé
Cette recherche doctorale menée en CIFRE trouve son origine dans l’embarras philosophique que suscite le nom même de son objet de recherche : le robot social. En quoi un robot peutil être qualifié de social ? A première vue, une telle notion semble relever de l’oxymore. Le robot n’incarne-t-il pas originairement la figure de l’esclave artificiel, c’est-à-dire de l’être purement instrumental ? A l’inverse, la socialité n’est-elle pas extérieure à toute définition ou délimitation instrumentale en ceci qu’elle ne sert a priori à rien et a posteriori à tout ? Ne doiton pas considérer le social comme l’horizon, c’est-à-dire comme la condition de possibilité de toute utilité et, plus largement de tout intérêt individuel et collectif ? Parler de robot social laisse également entendre que l’artefact possède le social comme une propriété. Mais qu’estce que cela signifie ? De quelle propriété s’agit-il ? Enfin, le social n’est-il pas aussi un concept moral en ceci qu’il renvoie à nos façons d’être ensemble et, plus spécifiquement, d’être avec l’autre dans le face-à-face ? Le robot serait alors social en tant qu’autre face auquel nous nous tenons. Dans cette hypothèse, la socialité de l’artefact apparaît comme ce qui, phénoménologiquement, nous pousse à l’envisager non pas comme une chose, un « cela », mais comme un « tu » manifestant une altérité. Mais comment un artefact pourrait-il être un autre ? Comment le concept d’altérité, ordinairement réservé aux êtres qui comptent moralement (humains, animaux et, de plus en plus, végétaux et écosystèmes), pourrait-il nous aider à comprendre la socialité des robots ? Faut-il, pour cheminer vers cette compréhension, considérer cette socialité comme une forme de moralité et, si oui, en quel sens ? Autrement dit, un robot social n’est-il pas aussi et nécessairement un robot moral ? C’est la thèse que nous cherchons à défendre en examinant le sens d’être de l’altérité artefactuelle, non pas comme subjectivation du robot social, mais comme effectivité morale interpellant notre responsabilité.
Source: http://www.theses.fr/2022COMP2724
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